Construire le paysage est un art en soi, un rien à part. À écouter parler les paysagistes dont nous avons ici rassemblé les réalisations, l’on ressent la force de la nature avec laquelle il faut sans cesse composer pour ne jamais la priver de son expressivité, lui laisser accomplir ses petits et grands miracles, tout en la domestiquant l’air de rien, au service d’espaces surprenants, dynamiques, et où il fait bon vivre. Campagne, ville ou bords de lacs, promenade parmi les rêveries de promeneurs jamais solitaires.

Un jardin à énergie positive

Depuis de nombreuses années, le paysagiste Éric Lequertier travaille à partir d’un concept mis au point de parcs en jardins, et qu’il appelle Nature Vibratoire®. Il s’agit pour lui de faire de l’environnement paysager la source de l’équilibre et de l’harmonie de tout l’écosystème habité. En le concevant de façon dynamique, comme des successions de pièces à vivre reliées entre elles, selon un principe d’unité, d’harmonie, d’équilibre, d’utilité et de sens des proportions, il favorise la circulation de l’énergie vitale des végétaux comme des humains. Belle incarnation de cette approche, le jardin de la maison est ainsi le prolongement direct de la construction, elle-même un lieu de séminaire créé par une entreprise pour permettre à ses collaborateurs et à ses clients de se ressourcer.

L’architecte-paysagiste explique : En se déplaçant sur des points prédéfinis au sol, polarisés négativement et positivement de manière alternative, en dilatant et en contractant successivement son corps vital, on pourra bénéficier d’une énergie considérable pour le reste de la journée. Ainsi, courbes fleuries et arbustives, surfaces aquatiques, cheminements, installations mobilières et parfums naturels, composant des scènes renouvelées au fil des saisons, sont conçus comme les pièces d’une maison à ciel ouvert, chacune à l’origine d’un scénario de revitalisation différent, intime, ou collectif, à l’image du petit amphithéâtre installé dans le parc. C’est parce que l’énergie du paysage est pure et harmonieuse que se dégagent cet équilibre et cette force qui nous permettent de nous ressourcer, conclut le concepteur.

Architecture intégrée

Dans les faubourgs de Gand en Belgique, les architectes Alexander Van Britsom et Sofie Philips, de l’agence Britsom/Philips Architects ont imaginé un spa privé, extension d’une maison contemporaine dans un grand jardin de 3 600 mètres carrés. L’approche est radicale… et minérale. Partout, la pierre sombre de Muschelkalk, aux arêtes saillantes, se reflétant dans l’eau de la piscine, affirme la présence de la nouvelle construction, tout en lui conférant une certaine évanescence, sans conflit avec le paysage alentour. Car pour l’intégrer parfaitement dans son contexte, les architectes ont donné carte blanche au paysagiste Thomas Vander Auwermeulen, de l’agence Exteria : depuis l’intérieur du spa, il s’agissait de jouer la carte de la transparence, pour mieux faire entrer le dehors, dedans, en ouvrant la vue sur de larges surfaces verdies et quelques belles œuvres d’art, tout en prolongeant la piscine intérieure dans le jardin, confie-t-il.

Le concepteur fait attention à conserver les grands arbres centenaires pour cadrer des vues lointaines et délimite d’autres espaces avec de petits arbustes et buissons. Mais la pièce maîtresse de l’aménagement reste ce que le concepteur appelle « l’étang », soit la piscine prolongée. Nous nous sommes beaucoup appuyés sur la puissance de l’eau et de ses reflets pour créer des connexions, et lier l’espace en un tout cohérent, explique-t-il. Ici, sous la surface calme de l’eau, semble se trouver une présence mystérieuse, légèrement vibratoire, qui donne sa force à l’environnement tout entier.

Luxuriance micro

Certains écrits antiques racontent que vers 600 avant Jésus-Christ, le roi Nabuchodonosor II aurait fait construire un palais-jardin à Babylone, pour son épouse Amytis de Médie, nostalgique de son pays natal vallonné et verdoyant. La construction ? Une sorte d’empilement pyramidal de terrasses plantées luxuriantes, qui ne sont d’ailleurs pas sans rappeler les Cités des Étoiles construites à partir des années 1970 par l’architecte Jean Renaudie. À l’occasion de la dernière édition du festival Jardins en Seine, le paysagiste Maxime Arnoux a lui aussi puisé son inspiration du côté de Babylone pour imaginer, sur le thème de l’ombre et de la lumière, un aménagement savant et percutant (sa scène paysagère a remporté le premier prix du concours).

Sur une surface de seulement 40 mètres carrés, il a fait subtilement cohabiter le naturel et le construit pour créer une atmosphère à part… et luxuriante, justement. Le résultat ? Reflets Éternels. Jouant avec la surface vibrante d’un bassin peu profond, pavé de pas japonais immaculés, il a travaillé une végétation riche de détails, de couleurs, de textures et plutôt compacte qui transporte les promeneurs dans un univers reposant, à mi-chemin entre le rêve éveillé et le zen contemporain. Une pergola autoportante laisse négligemment onduler sous le vent les voilages qui la recouvrent, comme pour mieux nous inviter à une pause urbaine bienvenue.

Liaison/transition, intimité retrouvée

Je suis convaincu du fait que faire un jardin demande bien plus qu’une bonne connaissance des plantes, et qu’un jardin sert un dessein bien plus grand que celui d’être simplement joli. C’est l’architecture rencontrant la nature pour fabriquer un petit bout de monde à part, le paradis rêvé de chacun de mes clients, raconte Christian Préaud à propos de son cheminement créatif. Et celui qu’il a réalisé à Collonge-Bellerive, en Suisse, en est une illustration parfaite. Il pourrait d’ailleurs se narrer comme un conte.

Il était une fois, donc, un jardin, avec au bout le lac Léman, superbe et immense mer intérieure, élément du paysage puissant s’il en est. Comment alors marier la terre et l’eau, le jardin et son environnement ? Par touches construites, entre cheminements, monticules de galets de Rhône et graminées, petites, en coussinets, et grandes, plus floues, pour ne jamais totalement faire écran à la majesté de l’environnement. Une promenade intime au bord de l’eau, explique le concepteur. Puis une piscine, perdue au milieu d’une vaste étendue engazonnée. Comment alors, lui rendre une échelle habitable, confortable ? En lui construisant un écrin, fait de tables de buis très épaisses, avec, au centre, une large bande de lavande. En construisant aussi des perspectives qui l’air de rien, portent directement l’œil du nageur de l’eau de la piscine à celle du lac, subtilisant à son regard la partie du jardin comprise entre ceux-ci. L’architecture rencontrant la nature, en somme.

Pouvoirs naturels

Une piscine, c’est agréable. Mais sans chlore c’est encore mieux, surtout lorsqu’elle est intégrée au paysage, aussi modeste soit-il. Sublimer le jardin avec des pouvoirs… naturels : telle pourrait être décrite l’approche mise en œuvre par l’équipe de paysagistes belges Geonet dans le cadre de cette réalisation pour des propriétaires privés. Car la transformation de la piscine en Living-Pool à filtration 100 % biologique a été l’occasion pour les concepteurs de revoir toute l’écriture du site, et à la nature, de faire un retour en beauté aux alentours de la maison.

La bande plantée correspondant au système de filtration est complétée par une large plage en carreaux de béton coulé. Un choix esthétique contemporain qui dynamise tout l’espace proche de la maison. D’autant que pour mieux faire le lien avec l’habitation et connecter celle-ci avec l’extérieur, une terrasse platelée a été installée, offrant de belles perspectives sur le jardin et le paysage au-delà. Cette réalisation a d’ailleurs remporté le premier prix du concours de design annuel organisé par l’entreprise Biotop, spécialiste des baignades naturelles.

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