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Fauteuils %22Dr Sonderbar%22 de Philippe Starck, édition XO, 1983, (Galerie 44). Lampe de table %22Berkeley%22 (Gau Lighting). Lampadaire %22Cappello%22, d’Oscar Piccolo. Tapis %22Umbrella%22 de Lally&berger (The Invisible Collection)
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Bâtisse lyonnaise, l’héritage en mouvement

  • 2 avril 2026
  • 48 vues
  • 4 minutes de lecture

Sur les pentes lyonnaises, une demeure fin XVIIIe garde en mémoire plusieurs vies. Vignoble d’abord, adresse d’un soyeux, avant de passer entre les mains de la famille d’un peintre lyonnais reconnu. Un passé feuilleté recomposé par le duo Lally & Berger. Leur geste s’appuie sur l’existant comme sur une matrice, levier d’un quotidien familial pleinement inscrit dans notre époque.

Investir une maison de maître de cette stature et l’accompagner dans notre siècle avec comme trame inattendue des propriétaires férus de modernisme, d’Art déco, d’art contemporain et de mode urbaine… La rencontre aurait pu être un choc des époques. Entre les mains des architectes d’intérieur Margaux Lally et Luc Berger, elle devient une conversation architecturale affranchie, pétrie de matières liantes, d’artisanat cousu main, de chromatiques réinventées. Conserver l’âme, refuser la nostalgie, puis greffer des décisions contemporaines avec la même rigueur que les éléments originels. Fait étonnant, la maison n’est pas classée, singularité pour cette physionomie patrimoniale, mais la responsabilité reste entière. La maison était plutôt en bon état, confie Margaux. Seulement, les travaux effectués précédemment ne correspondaient aucunement à l’identité des nouveaux propriétaires. Tout était dépareillé, sans connexion. Il était impératif qu’ils puissent s’approprier les lieux et dérouler ainsi leur propre histoire.

Le vitrail ancien, conservé dans sa composition géométrique, devient le point de départ du projet et guide le déploiement des couleurs dans la cage d’escalier
Le vitrail ancien, conservé dans sa composition géométrique, devient le point de départ du projet et guide le déploiement des couleurs dans la cage d’escalier
Une demeure historique du XVIIIe siècle, envahie de lierre, dont les étages se déploient sur les pentes lyonnaises
Une demeure historique du XVIIIe siècle, envahie de lierre, dont les étages se déploient sur les pentes lyonnaises

Le travail de fond architectural commence. Ici, les volumes multiplient les possibles. Le rôle de l’agence consiste alors à donner une cohérence domestique à cette verticalité, à écrire une logique d’usage, avant même l’esthétique. Pour Margaux : Le dialogue s’est porté sur la façon de pouvoir investir au mieux cette grande maison en définissant un rôle à chaque espace. Nous avons travaillé à entremêler les matériaux anciens et nouveaux afin de créer un trait d’union subtil entre passé et présent. Dans cette veine, la redistribution est essentielle. Les architectes d’intérieur ont conservé uniquement les dictats imposés par la maison, avec cette volonté de n’avoir aucune pièce secondaire, dixit Luc. De l’extérieur, la maison est très impressionnante. À l’intérieur, il ne fallait surtout pas se sentir perdu. Chaque volume retrouve une identité usuelle. Avec peut-être cette dimension maison de famille qui, au fil des années, lui a échappé.

L’intérêt se porte moins sur une époque que sur des signatures tout simplement intemporelles.

La collection d’art des propriétaires s’impose comme une ponctuation chromatique, portée par la présence de la toile de Patrick Guidot et prolongée par la desserte (USM)
La collection d’art des propriétaires s’impose comme une ponctuation chromatique, portée par la présence de la toile de Patrick Guidot et prolongée par la desserte (USM)
Un décor entre pièces chinées et mobilier contemporain. Table et chaises %22Tulip%22 (Knoll). Chaises vintage (De Baecque). Tapis kilim (Galerie Emir). Suspension %22Akari 55A%22 (Vitra). Luminaires %22Papiro%22 (Palluco). Centre de table %22Earth%22 (Serax).
Un décor entre pièces chinées et mobilier contemporain. Table et chaises "Tulip" (Knoll). Chaises vintage (De Baecque). Tapis kilim (Galerie Emir). Suspension "Akari 55A" (Vitra). Luminaires "Papiro" (Palluco). Centre de table "Earth" (Serax).

Premier point d’attache, le vitrail. Une présence lumineuse qui tient lieu de boussole et qui autorise un parti pris fort : faire de la couleur un appui spatial, un liant. L’escalier d’origine, visible depuis chaque pièce, devient dès lors une toile créative où les teintes primaires, choisies par les propriétaires et extraites des dalles de verre, apprivoisent cette envolée de quatre étages. Les couleurs sinueuses s’assument, franches, créant en sous-face une autre grammaire de cette trémie qui s’éveille : un jaune vif, un vert intense, un rouge orangé. Non pour « décorer », mais pour signer le présent face au patrimoine. Chaque étage s’épanouit à son rythme. Le rez-de-chaussée rassemble les pièces de vie, cuisine, salle à manger, avec, en contrepoint, un salon plus intime blotti au coin de la cheminée.

De part et d'autre, oeuvres de Kostas Seremetis.
De part et d'autre, oeuvres de Kostas Seremetis.
Dessinée en noyer avec plan en inox brossé, la cuisine s’organise autour d’une crédence spectaculaire en lave émaillée réalisée par l’atelier Studio Ler, déployée sur plusieurs mètres
Dessinée en noyer avec plan en inox brossé, la cuisine s’organise autour d’une crédence spectaculaire en lave émaillée réalisée par l’atelier Studio Ler, déployée sur plusieurs mètres

Le premier étage bascule vers la sphère familiale : deux chambres d’enfants et un bureau qui se vit aussi comme salon de jeu, au milieu des livres et des bibliothèques. Le second niveau devient celui des parents, avec une suite parentale. Ce plan clarifie également la manière dont le regard circule. L’axe visuel se tend vers les ouvertures et le panorama, comme une respiration régulière qui traverse la maison. Les interventions se concentrent ensuite sur un agencement sur mesure, des tonalités adoucies, des finitions d’orfèvre et la mise au point des détails minutieux. Dans ce réglage millimétré, l’artisanat devient langage et occupe une place structurante, chère à notre duo. À l’image des boiseries restaurées à la teinte réactualisée. Luc cite Françoise Foraison, peintre en décor et précise l’intention : uniformiser avec un badigeon légèrement blanc pour avoir cette sensation que ça a toujours été là.

Nous avons travaillé à entremêler les matériaux anciens et nouveaux afin de créer un trait d’union subtil entre passé et présent.

Fauteuil hêtre noir et cannage de Pascal Mourgue, 1983 (Triconfort chez Galerie 44). Au-dessus, tableau de l'Artiste Ekta (Galerie Masurel)
Fauteuil hêtre noir et cannage de Pascal Mourgue, 1983 (Triconfort chez Galerie 44). Au-dessus, tableau de l'Artiste Ekta (Galerie Masurel)
Un dialogue entre boiseries restaurées et design moderniste. Fauteuils %22Reversivel%22 (Galerie Audeamus). Table basse (Galerie 44). Canapé %22Soriana%22 (Cassina). Tapis (Casa Lopez). Lampadaire de Jacques Grange (Galerie 44). Applique (Danke Galerie)
Un dialogue entre boiseries restaurées et design moderniste. Fauteuils "Reversivel" (Galerie Audeamus). Table basse (Galerie 44). Canapé "Soriana" (Cassina). Tapis (Casa Lopez). Lampadaire de Jacques Grange (Galerie 44). Applique (Danke Galerie)

Une note boisée qui inspire la cuisine dans un registre plus contemporain. Noyer pour la profondeur, inox brossé pour la précision. Et surtout, cette crédence qui fait basculer la pièce dans une présence presque picturale, en écho à la sensibilité artistique des propriétaires. Mais pas n’importe quelle crédence. Margaux détaille la prouesse : de la lave émaillée déroulée sur plus de quatre mètres de long, réalisée par l’atelier d’émaillage breton Studio Ler.

Fauteuils %22Dr Sonderbar%22 de Philippe Starck, édition XO, 1983, (Galerie 44). Lampe de table %22Berkeley%22 (Gau Lighting). Lampadaire %22Cappello%22, d’Oscar Piccolo. Tapis %22Umbrella%22 de Lally&berger (The Invisible Collection)
Fauteuils "Dr Sonderbar" de Philippe Starck, édition XO, 1983, (Galerie 44). Lampe de table "Berkeley" (Gau Lighting). Lampadaire "Cappello", d’Oscar Piccolo. Tapis "Umbrella" de Lally&berger (The Invisible Collection)
Un espace hybride entre bureau et salon de jeu familial. Table %22G046%22 (Danke Galerie). Tapis %22Umbrella%22 de Lally&Berger (The Invisible Collection)
Un espace hybride entre bureau et salon de jeu familial. Table "G046" (Danke Galerie). Tapis "Umbrella" de Lally&Berger (The Invisible Collection)
Une intervention chromatiquen née du vitrail d'entrée, accompagne l’ascension
Une intervention chromatiquen née du vitrail d'entrée, accompagne l’ascension

Au diapason, le mobilier accompagne le lieu dans le XXe siècle, oscillant entre pièces chinées dans les galeries, ameublements sélectionnés dans les showrooms contemporains et compléments choisis dans la continuité d’une famille à contre-courant. À l’image de la salle à manger qui porte en elle les exigences des propriétaires, un goût affirmé pour le design moderniste, au-delà des décennies. Luc Berger le dit clairement : L’intérêt se porte moins sur une époque que sur des signatures tout simplement intemporelles. À l’instar de l’intégration de la collection d’art des propriétaires incarnés par des médiums pluriels – peintures, lithographies, collages papier, etc. Les œuvres ponctuent, répondent aux couleurs, prolongent les lignes, comme autant de repères sensibles qui ancrent l’univers de cette famille dans l’épaisseur du bâti. Elles donnent le tempo, aiguisent le regard et figurent ce fil entremêlé qui traverse le projet sans contredire le XVIIIe siècle.

Dans l’une des chambres d’enfants, %22Mini Togo%22 (Ligne Roset). %22Elephant%22 (Vitra). Coussin Chamallow (Lally&Berger). Tableau %22Mah Gah Ree Tah%22 de Monica Kim Garza
Dans l’une des chambres d’enfants, "Mini Togo" (Ligne Roset). "Elephant" (Vitra). Coussin Chamallow (Lally&Berger). Tableau "Mah Gah Ree Tah" de Monica Kim Garza
Dans la chambre master. Chevet %22Salute%22 (La Chance). Lampe %22Flowerpot%22 (AndTradition). Banc %22Commune%22 (De La Espada)
Dans la chambre master. Chevet "Salute" (La Chance). Lampe "Flowerpot" (AndTradition). Banc "Commune" (De La Espada)
Dans la salle de bains, le plafond en bois sculpté attire le regard. Cet élément ancien, déplacé et réinstallé ici
Dans la salle de bains, le plafond en bois sculpté attire le regard. Cet élément ancien, déplacé et réinstallé ici

Dans cette logique, l’extérieur et cette vue panoramique s’inscrivent comme le dernier tableau ou le premier ! La terrasse devient belvédère ; une scène ouverte sur un paysage lyonnais rêvé. Puis le jardin se déploie par paliers, épousant la colline jusqu’aux caves voûtées réinvesties. La topographie impose ses lois et rappelle combien ce projet s’est construit au plus près du geste. À Margaux de conclure : Notre travail a été d’accompagner et de guider nos clients qui souhaitaient explorer notamment l’univers des arts décoratifs. Ces contrastes donnent naissance à un projet singulier au charme unique qui est une prolongation de la personnalité de cette famille.

Autour de la table dressée d’une nappe (Lisa Corti) et de vaisselle (Poterie Ravel), les Wire Chair DKR (Vitra) accompagnent ces instants suspendus face à la ville et aux frondaisons
Autour de la table dressée d’une nappe (Lisa Corti) et de vaisselle (Poterie Ravel), les Wire Chair DKR (Vitra) accompagnent ces instants suspendus face à la ville et aux frondaisons
Réalisation Agence Lally & Berger
Photos Stephan Julliard
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