Nichée sur les hauteurs de Cannes, ce belvédère contemporain, bâti sur les vestiges d’une ancienne maison troglodyte, embrasse la Méditerranée avec retenue. L’architecture, signée Richard Lavelle, trouve à l’intérieur son écho sensible sous la direction de l’architecte d’intérieur Eduardo Di Muzio. Avec une maîtrise silencieuse du détail et une approche globalisante, il a orchestré l’aménagement comme un dialogue entre le paysage, la lumière et l’intimité des propriétaires.
La maison s’avance dans la pente, entre ciel et mer, au sommet d’un terrain escarpé. Avant de devenir cette villa lumineuse aux lignes tendues, elle fut troglodyte. L’empreinte originelle, disparue, a cédé la place à cette construction aérienne, imaginée par l’architecte Richard Lavelle. C’est sur cette base, à l’état de gros œuvre, qu’intervient Eduardo Di Muzio, DMArchitectures. Une page blanche qu’il écrit main dans la main avec les propriétaires, jusqu’à la création du pool house et l’aménagement paysagé, réalisé par François Chassigneux, entreprise Corporandy.
Formé à l’architecture en Argentine, le concepteur revendique un regard structurel, qu’il applique ici dans une démarche d’épure et de cohérence. Refusant toute surenchère décorative, il mise sur la réduction des matières. Le décor est déjà là. La maison vit avec le passage du temps, les chromatiques nuancées du ciel, des collines, des couchers de soleil. L’horizon définit tout. C’est ce que j’ai essayé de mettre en valeur en simplifiant le propos originel, confie-t-il.
Dans ce cadre, l’architecture se met au service de la contemplation. Dans cette veine, les matériaux se mettent au pas. Eduardo confirme : La recherche de synthèse a guidé l’ensemble du processus. Face à un contexte aussi puissant, le projet adopte une posture humble, évitant toute compétition formelle ou matérielle. Trois éléments suffisent à structurer l’univers intérieur : une pierre naturelle, San Bastiano de Croatie, utilisée de manière continue pour les sols et les murs. Une seule essence de bois, le noyer européen, présente dans les parements et le mobilier intégré. Et ces aplats de blancs, qui unifient, apaisent et amplifient la lumière naturelle. La synthèse s’exprime aussi dans la conception technique et spatiale, une modulation rigoureuse fondée sur une trame de 90 × 90 cm, qui organise l’ensemble des éléments du projet. De la distribution des volumes jusqu’au tracé des luminaires au plafond, tout répond à cette logique de contrôle et d’harmonie.
Mais l’épure n’exclut pas la poésie. À l’entrée, un mur minéral en biais rompt la géométrie pour ouvrir la vue vers un bassin miroir, puis vers les collines de l’Estérel. Un geste inaugural qui concentre l’intention générale du projet : une architecture sobre et orientée. À l’intérieur, les cloisons deviennent des formes silencieuses, dessinant l’espace avec retenue. Chaque perspective est construite. Il y a toujours un objet ou une œuvre qui aimante l’œil. Une ponctuation visuelle qui nous attrape. Ces axes jouent un rôle de fil conducteur, reliant les différentes fonctions de la villa tout en maintenant une connexion constante au site et à la mémoire intime de ses habitants.
Puisque ce qui fait l’âme du projet demeure cette complicité créative entre l’architecte d’intérieur et les propriétaires. Cette villa a été conçue à partir d’un processus d’écoute et de cocréation avec la famille qui l’habite. Chaque décision, chaque choix de matière, chaque proportion résulte d’un échange continu, attentif à son mode de vie, ses valeurs et ses aspirations, souligne Eduardo. Je cherche à donner une place à ses objets, à son histoire.
Ainsi, la décoration s’est exprimée à trois voix, dans une entente complice entre les clients, Eduardo et Alexandre Curtet, Bel Œil. Ensemble, nous avons parcouru les marques, affiné les choix et défini une ligne claire. À cela se sont ajoutées quelques pièces d’auteur, choisies avec soin : fauteuils Eames, chaises de Le Corbusier, objets de caractère. Nous cherchions une forme d’évidence. Une sélection juste, équilibrée, intemporelle. L’extérieur prolonge cette unité, renouant avec son contexte. Le pool house aux accents minéraux s’inscrit dans un paysage soigneusement dessiné. Ce cadre paysager établit un dialogue subtil entre la rigueur modulée de l’intérieur et l’empreinte libre de l’esprit provençal.
La cliente, très investie, a également participé à la conception paysagère : arbres, essences, alignements, rien n’a été laissé au hasard. Derrière cette simplicité parfaitement réglée se devine une forme d’exigence rare : celle d’un architecte qui ne sépare jamais le dessin de l’usage, la matière de l’émotion. Et qui, dans chaque projet, cherche à donner forme à une mémoire, même lorsque tout est à créer.
Aménagement paysagé Corporandy
Photos Anthony Lanneretonne


